Quand ils ont monté à cheval, fait l’absinthe, déjeuné, fait le café, la disette commence.—Garçon! l’Annuaire!
—Monsieur, il est en mains, et retenu après; je vais le retenir pour vous.
Il faut avouer que cet Annuaire est un précieux passe-temps. On ne lui laisse pas une minute de repos. Le propriétaire du Café militaire de Saint-Urbain compte dans ses frais généraux quatre Annuaires par an, usés à force d’être feuilletés.
Là on voit les mutations, l’avancement; on suit pas à pas d’anciens camarades, des amis: c’est le livre des vingt-cinq mille adresses de l’armée.
Deux officiers se rencontrent au café, n’importe où, ils se connaissent à peine, l’Annuaire sera leur trait d’union. Ils causent cinq minutes, puis:
—Garçon, l’Annuaire!
Un jour, à Saint-Urbain, imaginez-vous que ce diable d’Annuaire fut volé au café. Par qui? C’était bien sûr un méchant tour de quelque fourrier. Il fallut quatre jours pour le faire venir de Paris; on l’avait cherché inutilement quarante-huit heures: total six jours. Jugez si l’ennui redoubla, c’est-à-dire qu’on ne savait plus à quel saint se vouer. Ah! si on avait pincé le fourrier!
Mais voilà que, le nouvel Annuaire arrivé, on retrouva l’ancien. Le cafetier se gratta le nez:
—Je suis sûr, dit-il, que c’est un tour de ces messieurs pour avoir deux Annuaires.
Après l’Annuaire le cancan du jour: