Gédéon aurait bien voulu répondre, mais il comprit que, s’il l’essayait, les sanglots qui l’étouffaient depuis un moment lui auraient vite coupé la parole.—Alors, Dieu sait, se dit-il, ce que pensera de moi ce militaire qui est mon supérieur. Un soldat pleurer! je serais déshonoré à tout jamais.

Sans mot dire il tira sa feuille de route et la présenta au sous-officier.

Gédéon crut s’apercevoir que la physionomie du maréchal des logis changeait soudainement d’expression; que d’insoucieusement joyeuse, elle devenait froide et méchante.

—Ah! vous êtes engagé volontaire, dit-il en ricanant; eh bien, vous pouvez vous flatter d’avoir une fière chance.

Puis avisant un fourrier qui sortait:

—Ohé! lui cria-t-il, voilà un hussard tout neuf, qui n’a jamais servi; dis-lui donc ce qu’il doit faire. Et poussant Gédéon: Allez donc, lui dit-il, vous présenter à l’intendance.

Gédéon suivit le fourrier, et, grâce à lui, eut bientôt terminé toutes les formalités de son admission au régiment.

Mais il était si troublé, qu’il n’entendit absolument rien de ce que lui dirent l’intendant, le chirurgien-major, un capitaine et un maréchal des logis chef, auxquels il fut successivement présenté.

En rentrant au quartier, et lorsque seulement il commençait à se remettre un peu, le complaisant fourrier fut obligé de lui répéter que désormais il faisait partie du 4e peloton du 1er escadron.

Gédéon et son guide traversaient alors un grand corridor étroit et sombre, aux murs horriblement maculés. Le fourrier ouvrit une porte, et poussant le nouveau hussard: