QUARTIER DE CAVALERIE.
Devant la voûte, un factionnaire se promenait, le sabre au poing; sur le côté, à demi couché sur une des larges bornes de la porte, un sous-officier suivait d’un air distrait la fumée de sa cigarette; sous la voûte, deux soldats à cheval sur un banc battaient attentivement des cartes crasseuses.
—Allons, du courage, se dit Gédéon,—et d’un pas assez ferme il se dirigea vers la voûte.
Une première et cruelle déception l’attendait sur le seuil.
C’était l’heure des corvées du régiment. De tous côtés, le long des bâtiments et des écuries, des hommes allaient et venaient, les uns chargés de bottes de fourrage, les autres pliant sous le faix de lourdes civières de fumier, ou poussant devant eux des brouettes malpropres. Bon nombre, armés de balais de bouleau, faisaient la toilette des cours.
Tous ces hussards étaient en tenue d’écurie: un pantalon de toile écrue, et une petite veste écourtée. Quelques-uns étaient en manches de chemise, et quelles chemises! à rendre en noirceur des points aux Mystères d’Udolphe.
Pour coiffure, ils portaient d’atroces petites calottes d’un gris sale, bordées d’un galon vert. Tous avaient les pieds nus dans d’énormes sabots—escarpins en cuir de brouette—douillettement capitonnés de paille. Du reste, la plus grande activité.
Immobile, pétrifié sous la voûte d’entrée, Gédéon contemplait d’un œil morne ce spectacle qui renversait l’édifice de ses illusions.
—Eh quoi! se disait-il, ce sont là ces brillants hussards du 13e, si fiers sur leurs beaux chevaux! Quelle existence est la leur! Serai-je donc ainsi demain?
Il était sur le point de s’enfuir, lorsque le maréchal des logis, assis devant la porte, lui demanda poliment s’il attendait quelqu’un.