Pendant plus d’une heure Gédéon erra sans but à travers les rues de Saint-Urbain. Se présenter à ce régiment qu’il avait choisi avec joie lui semblait maintenant au-dessus de ses forces. Le cœur serré par une horrible angoisse, il marchait la tête basse, essuyant de temps à autre une larme que lui arrachait la conscience de son isolement, l’anxiété de l’avenir, et le regret de sa vie passée, dont les souvenirs charmants se présentaient en foule à son esprit.
Enfin à force de raisonnements, il parvint à surmonter ce qu’il appelait un accès de lâcheté indigne d’un homme. Apercevant un hussard de l’autre côté de la rue, il marcha vers lui, et d’une voix qu’il essayait de rendre assurée:
—Camarade, lui demanda-t-il, voudriez-vous m’enseigner le chemin de la caserne de votre régiment?
Le hussard, à ces mots, regarda le bourgeois de travers; il semblait tout prêt à se fâcher.
—Mon régiment, répondit-il enfin, d’un ton blessé, il ne loge pas dans une caserne, c’est bon pour de l’infanterie.
Gédéon fit un geste de surprise.
—Les hussards, vous devriez être susceptible de le savoir, ils logent dans un quartier, comme toute cavalerie; à preuve que c’est comme qui dirait une distinction qui les différencie ensemble et séparément du fantassin. Donc le quartier il est là, devant vous.
Gédéon leva les yeux, et, en effet, à peu de distance, au fond d’une impasse très-étroite, il aperçut une grande porte cintrée s’ouvrant sur une voûte assez obscure.
Au-dessus de la porte, un drapeau noirci par la pluie et effiloqué par le vent, pendait tristement le long de sa hampe retenue par un crampon de fer enfoncé dans la muraille.
Au-dessous du drapeau, et pour que nul n’ignorât la destination du bâtiment, on avait écrit en lettres d’un demi-pied: