Mais Saint-Urbain doit bien d’autres avantages encore à la garnison. D’abord, la reconstruction presque totale de la rue du Marché, la plus belle de la ville, où l’on a installé deux magnifiques cafés ornés de billards et de divans, luxe inouï! et la fondation d’un nouveau faubourg, où prospèrent cinq ou six bals publics et au moins autant de guinguettes.

On ne peut guère parler du théâtre, les habitants ayant une sainte horreur pour ce passe-temps profane.

Le triste directeur doit aux seuls officiers les quelques recettes qui lui permettent de faire chaque année une banqueroute honorable.

Mais il ne faut pas oublier la musique.

Jeudis et dimanches, dans l’après-midi, lorsqu’il fait beau, et même lorsqu’il fait mauvais, les musiques des deux régiments viennent à tour de rôle donner un concert gratuit sur la promenade.

Les jours de musique sont jours de fête pour Saint-Urbain, toute la ville se donne rendez-vous sur le cours des Ormes; les dames de la société y étalent leurs belles toilettes, et les grisettes leurs frais minois et leurs robes de guingamp.

Eh bien, malgré tous ces avantages—et encore nous passons sous silence les revues et les grandes manœuvres—les Urbinois ne professent pas pour les militaires le faible et l’admiration des cités de l’Alsace et du Nord.

Les vieux maris de jeunes femmes prétendent—non sans raison—que leur sécurité est toujours menacée, et les parents des ouvrières gentilles assurent que leurs filles sont infiniment plus difficiles à garder.

Quant aux officiers qui ont tenu garnison à Saint-Urbain, ils bâillent au seul souvenir de cette charmante cité.

VIII