—Que je sais bien, dit le brigadier Goblot, que l’absinthe elle n’est autre qu’une décoction de gros sous, mais tant pis, une fois qu’on a mis le nez dans ce diable de vert-de-gris, on voudrait y fourrer la tête.

Le maréchal des logis aime encore le vin blanc le matin, la goutte en montant à cheval, le café en sortant de table, la bière dans l’après-midi, le vin chaud et le punch le soir.

Ainsi pris entre le quartier et le café, entre la partie de bésigue et le rendez-vous d’amour, il n’a pas une minute à lui. Sa vie se passe à résoudre ce problème difficile, de mener de front le service et les plaisirs.

Le sous-officier oublieux y perd la tête; mais celui-là ne marche jamais sans son calepin qui lui tient lieu de mémoire. Pêle-mêle il y inscrit toutes ses affaires, son existence y est notée heure par heure, un feuillet serait sa biographie...

Donc arrachons-en un au hasard:

Samedi.—30 mars.—Descendu la garde...

Dimanche.—31 mars.—Pris la semaine—touché le prêt—été voir Angélina, découché—pas vu, pas pris.

Lundi.—1er avril.—Fait avancer la soupe—rien de nouveau à la botte—elle n’était pas chez elle.

Mardi.—2 avril.Elle était chez son amie—deux jours de bloc à Mercaillou—gagné dix consum à Gentil.

Mercredi.—3 avril.—Fait faire les crins aux chevaux—emprunté cinq francs et un gigot au brigadier d’ordinaire—perdu l’absinthe—soupé avec Angélina—rentré en retard.