Si maintenant on voulait se faire une idée exacte de la puissance de l’épaulette, de l’influence presque incroyable du grade, il faudrait voir un maréchal des logis le jour où il passe sous-lieutenant.
A midi, c’est un sous-officier comme les autres, bon garçon, insouciant, un peu casseur...
La nomination arrive.
A midi et une minute, c’est un autre homme. Il est officier, jamais il n’a été autre chose; il est grave, presque sévère.
La baguette magique de l’ambition l’a touché; il calcule déjà à quel âge il pourra bien être colonel.
Quant à ses anciens camarades, il ne les connaît plus. Un abîme les sépare.
On en a vu, le lendemain de leur promotion, bloquer impitoyablement l’ami qui la veille a partagé leur matelas à la salle de police.—C’est, il est vrai, une exception.
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Le brigadier est un caporal à cheval: mêmes galons, mêmes prérogatives.
Il est le trait d’union entre la troupe et le corps des officiers, le premier anneau de cette chaîne hiérarchique qui unit le simple soldat au maréchal de France.