—Le croyez-vous vraiment, maréchal des logis, le croyez-vous? Alors, prenez-vous-en à notre métier, qui, fatalement, nous conduit à cette pensée. Lorsque la campagne s’ouvre, et que je vois partir, bras dessus, bras dessous, un capitaine et un lieutenant, je ne puis m’empêcher de frémir, parce que, malgré lui, le lieutenant en arrive à se dire: Eh! eh!... s’il était tué, le capitaine, n’aurais-je pas ses épaulettes!...

—Taisez-vous, interrompit le sous-officier indigné, vous ne serez jamais un soldat. Il n’y eut, voyez-vous, pour les hommes de cœur de l’armée, qu’une époque bénie, le premier Empire. O Napoléon! de ton temps un homme comme moi était tué ou commandait en chef à trente-six ans.

—Cependant, maréchal des logis, raisonnons un peu.

—Pas de réplique, entendez-vous, dit sévèrement le sous-officier.

—Soit, conclut Gédéon, mais une chose me console: il n’est pas un officier qui ne s’ennuie au moins autant que moi.

Et de fait, pour troubler la monotone harmonie de l’existence de garnison, il faut un événement comme il ne s’en présente pas un tous les cinq ans.

Les changements de garnison et le camp sont des bonheurs passionnément désirés, surtout par les plus jeunes, qui en parlent longtemps à l’avance.

Dans l’année, il n’est guère que quatre ou cinq jours où l’on s’écarte un peu de la symétrie ordinaire; Dieu sait la joie, alors!

C’est d’abord à l’inspection générale, qui a lieu vers la fin de l’été.

En cette grande occasion, le 13e hussards organise toujours un carrousel qui, sans avoir la pompe et l’éclat des fêtes d’armes de l’école de Saumur, émerveille et transporte les bourgeois, et surtout les bourgeoises. Les estrades préparées sont toujours trop étroites pour la foule; les femmes combinent leurs toilettes de longue main.