Il trie à la hâte les lettres, les réunit par escadron, et les remet aux maréchaux des logis chefs, qui les donnent aux brigadiers de semaine, qui les distribuent aux soldats auxquels elles sont adressées.
Mais l’heure du rapport est arrivée, le vaguemestre court au rapport. Aussitôt il repart: il doit communiquer le rapport aux officiers supérieurs. Le lieutenant-colonel attend, le gros-major attend, les chefs d’escadrons attendent; le vaguemestre précipite sa course. Il doit en revenant passer chez le payeur et voir un capitaine qui l’a fait demander; il a, de plus, une lettre à remettre, de la part du colonel, à un lieutenant qui demeure à l’extrémité de la ville, quel guignon! Il y court, il ne le trouve pas; la lettre est pressée: le lieutenant doit être au café—les lieutenants sont souvent au café—à moins qu’ils ne soient à déjeuner; le vaguemestre visite le café, personne; enfin, il trouve son lieutenant à la pension, il remet la lettre...
Ouf! il va donc déjeuner. Il se hâte de toute la vitesse de ses jambes fatiguées; l’appétit lui donne des ailes, il rentre à la caserne; malheur! l’adjudant-major qui sort de table, l’arrête au passage, il a quelques observations à lui faire:—les adjudants-majors ont toujours des observations à faire...
Enfin il déjeune à son tour, il devra ensuite... Mais à quoi bon détailler la journée?
Le vaguemestre est doué d’une prodigieuse mémoire; chaque semaine, lorsqu’il distribue l’argent reçu par les soldats, il doit se souvenir de l’état de la masse de chacun; il doit savoir si ceux qui ont à toucher sont, ou punis, ou portés malades; chaque semaine, les maréchaux des logis chefs doivent lui fournir un état qui l’informe de toutes ces choses; mais consulter l’état serait trop long, le vaguemestre préfère se souvenir.
Le dimanche matin, donc, le clairon sonne au vaguemestre, c’est-à-dire exécute une fanfare qui signifie ceci:
«Que tous ceux qui ont reçu des mandats sur la poste aillent trouver le vaguemestre, ils vont en toucher le montant.»
Cette sonnerie est fort bien comprise, les soldats accourent, alors s’engagent des colloques dans ce genre:
Le vaguemestre.—Soldat Demanet, vous avez reçu 12 francs?
Le soldat Demanet.—Oui, mon lieutenant.