Il y a du fil, des aiguilles, des boutons, un dé, de la cire, du savon, du suif, du blanc, une fourchette, une ou deux cuillers, plusieurs couteaux, sans compter les condiments indispensables à la confection d’un fritchtic de haut goût.

Car le zouave est un gourmet. C’est pour satisfaire sa bouche que, ne pouvant avoir de valet à ses ordres, il a pris le parti de devenir le premier cuisinier de l’armée.

Ses ragoûts ne feraient peut-être pas fortune chez Véfour, mais en Afrique, dans le désert, que de généraux s’en sont léché les doigts!

Faire un civet avec un lièvre, la belle malice! tout le monde en est capable; mais faire un civet sans lièvre, voilà qui est fort, et vraiment digne du zouave.

Jamais sa fertile imagination ne brille autant que lorsqu’il n’y a pas gras; alors il déploie tous ses moyens, il cherche, il invente, il trouve. Ces jours-là il dîne admirablement. Mais aussi que d’animaux détournés de leur destination pour prendre le chemin de la marmite!

«Je ne demande pas de fraises à mes zouaves, disait un jour au milieu du désert, par une chaleur effroyable, le maréchal Canrobert, alors colonel; mais si j’en avais bien envie, ils seraient capables de m’en déterrer dans le sable.»

Aujourd’hui le zouave est le plus populaire de tous les soldats; sa chachia menace de passer à l’état de légende comme le bonnet à poil des grenadiers du premier Empire. En France, on l’appelle le zouzou; dans l’armée, on l’a surnommé le chacal.

C’est au zouave que l’on doit les paroles de la marche célèbre sous le nom de la Casquette; en voici l’origine:

Une nuit, le camp français est surpris par les Arabes. Un feu terrible étonne d’abord nos soldats, ils hésitent presque. Mais le maréchal Bugeaud s’est précipité hors de sa tente; sa présence seule rend à nos troupes toute leur ardeur: l’ennemi est repoussé.

La lutte finie, le maréchal s’aperçoit que tout le monde sourit en le regardant. Il porte les mains à sa tête... Dans sa précipitation, il était sorti coiffé du casque peu héroïque du roi d’Yvetot, du bonnet de coton, pour tout dire.