Ce qu’il faut au zouave, c’est le sans-gêne du camp, les razzia en pays ennemi, le fritchtic improvisé sous la tente. Pour peu que le bidon soit encore aux trois quarts plein, que la provision de café ne soit pas trop près de sa fin, et que l’on ait un morceau de n’importe quoi, pour graisser la marmite, il chante, il est gai, il est heureux, il est lui-même.
Il est vrai que lorsqu’il n’est pas heureux il est tout de même gai et n’en chante que plus fort.
Le zouave doit aux guerres d’Afrique ses goûts aventureux, ses habitudes presque nomades. A poursuivre sans cesse les Arabes de marais en taillis, de déserts en montagnes, il a pris quelque chose de la façon de vivre de ces tribus errantes.
Comme elles, il a fini par considérer une tente—six pieds de toile pour plusieurs—comme une très-agréable habitation;—il est vrai qu’il n’y a pas de portier—et il s’est accoutumé à borner ses besoins et ses désirs à ce que peut contenir son sac.
A l’exemple du philosophe Bias, le zouave porte avec lui tout ce qu’il possède, ce qui prouve qu’il est peut-être bien près de la sagesse.
Mais aussi il faut voir le sac d’un zouave partant en expédition! C’est monstrueux; on se demande avec effroi s’il ne succombera pas sous le faix, et s’il ne le jettera pas à la première étape. Plutôt mourir! D’ailleurs il est convenu qu’il ne doit pas en sentir le poids.
D’ordinaire, au moment d’entrer en campagne, les fantassins allégent autant que possible leur as de carreau; les chefs non-seulement l’autorisent, mais encore le prescrivent.
Ainsi ne fait pas le zouave. C’est à ce moment surtout que son armoire à poils lui paraît exiguë. Il réduit ses effets au plus mince volume, les serre, les presse, et alors il entasse, il entasse, jusqu’à ce que les courroies deviennent trop courtes et que le sac, gonflé outre mesure, menace d’éclater.
Il y a de tout, dans cette diable d’armoire à poils, sac à malice du zouave. Une énumération ressemblerait à un inventaire de trois boutiques réunies de quincaillerie, de mercerie et d’épicerie.