Petit, trapu, musculeux, nerveux, les épaules larges, les poings carrés, la tête rasée, la barbe touffue, l’œil hardi, le sourire narquois, la démarche décidée et aventureuse, tel est le zouave, le premier soldat du monde pour les coups de main, les escarmouches d’avant-postes, les embuscades impossibles, les marches rapides et imprévues.
Habitué à poursuivre l’Arabe, son éternel ennemi, le zouave est au fait de toutes les ruses de guerre du désert; il les a apprises à ses dépens; aussi surprendra-t-il toujours les armées de l’Europe.
«L’Arabe est bien rusé, mais le zouave est plus rusé encore.»
Il sait se déguiser en touffe d’herbe et s’avancer imperceptiblement jusqu’à la sentinelle qu’il veut surprendre; il peut marcher sans bruit, rester immobile des heures entières, s’effacer dans les moindres replis de terrain, ramper, sauter, bondir, se confondre dans les taillis qui l’environnent, suivre une piste et éventer toutes les ruses.
Comme éclaireur il n’a pas son pareil.
Faut-il enlever une position, il se précipite en avant, tête baissée, renversant tout sur son passage, «ce n’est plus un homme, c’est un boulet. Une fois lancé, il faut qu’il arrive ou qu’il tombe.»
Le zouzou déteste cordialement les grandes villes, il a les garnisons en horreur.
En garnison, la discipline devient minutieuse, il faut astiquer la clarinette, blanchir les buffleteries, polir la giberne, brûler les cuivres, laver le calicot, monter des gardes régulières, défiler la parade, toutes choses ennuyeuses pour le troupier en général, mais insupportables au zouave.
Peut-être ensuite aime-t-il un peu trop les plaisirs bruyants, du moins si l’on prend à la lettre ce couplet d’une chanson de haute fantaisie:
Quand l’zouzou, coiffé de son fez,
A par hasard queuqu’ goutt’ sous l’nez,
L’tremblement s’met dans la cambuse.
Mais s’il faut se flanquer des coups
Il sait rendre atouts pour atouts,
Et gare dessous,
C’est l’zouzou qui s’amuse!
Des coups, des coups, des coups,
C’est l’zouzou qui s’amuse!