Le premier de ces surnoms s’explique tout seul. La rate ne fait pas partie du petit équipement, disent les chasseurs.

Quant au second, les étymologistes ne sont pas d’accord: les uns prétendent que vitrier est une corruption du nom vitier—qui va vite—donné aux chasseurs lors de leur formation au camp de Saint-Omer.

Les autres assurent que ce sobriquet vient tout simplement des épaulettes vertes; de vert à vitrier il n’y a que l’épaisseur d’une vitre, et les loustics du faubourg Antoine sont bien capables de cet horrible jeu de mots.

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Les chasseurs à pied n’en sont pas à faire leurs preuves; c’est en Afrique, en 1842, qu’ils ont reçu le baptême du feu, un glorieux baptême.

Tout d’abord ils inspirèrent aux Arabes une crainte irrésistible. Il est vrai que tout concourt à leur donner, dans les batailles, un terrible aspect; leur costume sombre, leur allure presque fantastique, le timbre strident de leurs clairons, les font ressembler, au milieu de la fumée, à une légion de diables déchaînés.

Si bien qu’en les voyant accourir, les Arabes lâchaient pied au plus vite. Voilà criaient-ils, les lascars négros, autre surnom.

Quelque engagé volontaire a célébré ces exploits dans une chanson en trente ou quarante couplets: quelle verve! en voici un échantillon:

Les Arbicos sont venus,
Sont venus par douzaines;
Mais les chasseurs les ont si bien reçus,
Qu’ils fuyaient par centaines,
Devant les cha,
Les cha, les cha, les cha, les cha,
Les chasseurs de Vincennes.

Les chasseurs ont une arme terrible: leur carabine à tige, qui se charge avec des balles oblongues, perce une planche de cinquante millimètres d’épaisseur à treize cents mètres, plus d’un quart de lieue.