Or, comme presque tous les chasseurs sont des tireurs excellents—ils ont, disent-ils, le compas dans l’œil—ils font dans les rangs ennemis d’épouvantables ravages.
Il fallait voir, dans le principe, la stupeur profonde des Arabes atteints à cette distance: ils croyaient à quelque diablerie.
A Sébastopol, les éclaireurs volontaires, les enfants perdus se recrutaient dans les rangs des chasseurs. Cachés dans les moindres plis de terrain, ils réussissaient à arriver à portée des batteries, et alors, malheur aux servants! les canons étaient bientôt réduits au silence.
Qui n’a pas vu la manœuvre des chasseurs à pied, ne peut se faire une idée des prodiges qu’enfantent la discipline et un exercice quotidien.
Leur pas ordinaire est un pas accéléré, leur pas accéléré est un pas de course. A un signal du clairon, ils se dispersent de tous côtés, disparaissent, s’agenouillent, se couchent à plat ventre ou sur le dos, chargent leurs armes, ajustent, tirent dans toutes les positions possibles. Un autre signal se fait entendre, les voilà tous à leurs rangs, serrés, massés, la baïonnette croisée, prêts à charger.
Une charge des chasseurs de Vincennes, lancés à fond de train, est irrésistible; si épaisse que soit la masse contre laquelle ils se précipitent, ils l’éventrent avec leurs larges sabres-baïonnettes, et la traversent laissant derrière eux un sanglant sillon.
Ce sont des démons, disait à Sébastopol le prince Mentchikoff. Les chasseurs sont très-fiers de leur renom de vitesse: une fois on leur lisait un ordre du jour qui commençait ainsi: «Soldats, nous allons marcher à l’ennemi.»—«Oh! oh! s’écrièrent-ils, ce n’est point pour nous; on aurait mis courir.»
En dehors du service, le chasseur à pied conserve malgré lui ses allures rapides. Il a d’ailleurs l’air crâne, peut-être même un peu tapageur; il aime à incliner son shako en casseur; son ceinturon est toujours serré outre mesure, le vitrier doit avoir un ventre de fourmi.
Leste et bien découplé, il adore la danse, c’est son fort, il y obtient des succès que le pompier de Paris pourrait seul lui disputer. Tout naturellement les belles adorent ce brillant danseur, mais qu’elles ne s’y fient pas, le vitrier est plus inconstant que le voltigeur lui-même, ce papillon du cœur.
A Paris, il affectionne les ombrages de Vincennes et de Saint-Mandé; le lundi, le jeudi et le dimanche il accourt danser au son des pistons de la barrière du Trône, heureux si une permission de minuit lui permet de rester jusqu’à la fin; il trouve toujours un pays qui a fait un congé et qui partage fraternellement avec lui quelques bouteilles de vin suret.