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Mais il serait injuste de ne pas dire un mot du clairon des chasseurs à pied.
Que le chasseur, chargé de son sac, de ses vivres, de ses armes, de ses munitions puisse courir sans s’essouffler, on le comprend difficilement.
Mais comment fait le clairon qui, tout en courant comme les autres, trouve par-dessus le marché le moyen de souffler dans sa trompette?
C’est ce que l’on ne comprend pas.
LE FANTASSIN
Le fantassin par excellence, c’est le soldat de l’infanterie de ligne; d’aucuns disent: le pioupiou, ou même le lignard. Les cavaliers prétendent que l’infanterie porte les éperons au coude, pour piquer azor, mais les cavaliers ne font que répéter là une vieille plaisanterie, inventée alors qu’on ne connaissait pas encore l’escrime à la baïonnette, un jeu très-dangereux pour les cavaliers.
L’infanterie de ligne, c’est véritablement l’armée française; elle a versé son sang sur tous les champs de bataille, mais elle a su fixer la victoire. C’est elle qui a promené les étendards de la France au travers de l’Europe vaincue. C’est l’infanterie de ligne qui, sans souliers, sans vivres, sans artillerie, s’élançait, du haut des Alpes, à la conquête de l’Italie; c’est elle qui combattait aux Pyramides, et à Eylau, et à la Moskowa. L’infanterie, c’est la reine de batailles: avec elle on passe partout et on se maintient toujours.
L’uniforme de l’infanterie de ligne n’a rien de brillant, et cependant c’est celui qui, en masse, produit le meilleur effet; c’est aussi le plus commode et le mieux approprié à tous les besoins du soldat en campagne.
Aux revues, à la parade, sur les boulevards, il est peut-être des régiments qui attirent les yeux davantage, mais ce n’est pas là qu’il faut voir la ligne. Il faut la voir, manœuvrant sous le feu de l’ennemi, avec autant de précision qu’au champ de Mars. Chaque régiment est devenu un corps, dont les officiers sont la tête. Un boulet arrive qui emporte une file entière:—Serrez les rangs!—Les rangs se serrent, le vide est comblé, sans précipitation, sans trouble, sans confusion.