Rien n’est beau, rien n’est magnifique, comme un régiment de ligne marchant au pas de charge pour aborder l’ennemi à la baïonnette. Cherchez dans les rangs, examinez, l’un après l’autre, ces soldats noirs de poudre, essayez de reconnaître le pioupiou que vous avez vu, s’épatant devant les boutiques des grandes villes, le shako en arrière et le ventre en avant. Le pioupiou d’hier est le héros d’aujourd’hui. Le danger, à cette heure, illumine toutes ces têtes; le courage, comme une auréole, resplendit sur tous ces fronts. Place à la ligne! sur ses drapeaux est écrite notre glorieuse histoire.

Le fantassin, en garnison, ne ressemble aucunement au héros du champ de bataille. Il ne se souvient plus de ses exploits d’hier; il ne se doute pas des grandes actions qu’il accomplira demain, si une fois de plus la France a besoin de son dévouement et de son courage.

Le fantassin en garnison redevient le pioupiou, c’est-à-dire le meilleur et le plus inoffensif des hommes, cherchant toujours à se rendre utile, toujours prêt à rendre un service. Simples sont ses goûts et modestes ses désirs: les joies turbulentes sont sans attrait pour lui, et rarement la dive bouteille, qu’il aime à fêter, cependant, parvient à lui faire oublier l’heure de la retraite.

Comme tous les soldats de la terre, le fantassin est généralement pané.

Car en France comme en Autriche,
Le militaire n’est pas riche,
Chacun sait ça.

Il est de fait qu’avec cinq centimes par jour il est difficile de faire des folies. Heureusement il est des moyens d’augmenter ce mince revenu. Dans beaucoup de régiments, les soldats ont l’autorisation de s’occuper en ville—pourvu, toutefois, que la discipline n’en souffre pas.—Ceux qui ont un métier y consacrent tout le temps qu’ils ont de disponible; ceux, et c’est le plus grand nombre, qui n’ont que leurs deux bras et leur bonne volonté, trouvent cependant un moyen de se rendre utiles; dans quelques maisons bourgeoises, ils prennent soin du jardin ou entretiennent les parquets.

Enfin, il est une autre source de revenu, qui, si elle n’est pas la plus avouable, est certainement la plus employée, c’est la carotte à la famille.

La carotte est généralement ourdie par quelque vieux grognard qui sait plus d’un bon tour. Un engagé volontaire, mauvaise tête, mais possédant une superbe main, se charge d’écrire la lettre. Une maladie, tel est le prétexte le plus ordinaire. C’est le plus simple, et rarement il manque son effet. Comment voulez-vous que des parents refusent quelques francs, lorsqu’il reçoivent de leur enfant une lettre qui commence ainsi:

«Chère mère,

«L’intention de la présente est pour vous faire savoir que je me trouve insensiblement à l’hôpital!...»