Tout en se livrant, en compagnie d’une douzaine de hussards, au noble exercice du pinceau—suivant la pittoresque expression du brigadier—Gédéon se creusait la cervelle pour inventer un moyen à la fois adroit et respectueux d’adresser la parole à ce supérieur, dont les galons et l’importance lui imposaient beaucoup, lorsque familièrement celui-ci vint lui taper sur l’épaule.
—Vous savez, june homme, que si ce genre d’exercice n’est pas de votre goût, il vous est comme qui dirait loisible d’offrir la goutte à votre supérieur.
—Oh! avec le plus grand plaisir, brigadier, dit Gédéon.
—Alors, bas les armes, posez le bouleau, et au trot à la cantine.
XII
On dit comme ça, au 13e hussards, que la goutte est le lien des cœurs et le ciment de l’amitié.
Cet axiome est flamboyant de vérité, mais il ne dit pas toute la vérité.
Au 13e, la goutte est une puissance, une séduction irrésistible, un magique talisman qui, plus d’une fois, a fait fléchir l’inflexible discipline.
Pour elle, des brigadiers, des maréchaux des logis même, ont compromis et risqué leurs galons.
Pour elle, on a vu des brigadiers—c’est un grade si altéré—emboîter[B] avec préméditation leurs subalternes, des conscrits naïfs, les flagorner audacieusement, les admettre sans vergogne aux épanchements si doux de l’amitié, et le verre à peine vide, les lèvres humides encore, les coller impitoyablement au clou, pour la plus grande gloire du service intérieur.