[B] EMBOITER—circonvenir. L’armée a aussi sa langue verte.

Rien de plus figuré d’ailleurs que l’expression. La mesure de la goutte n’a d’autres limites que la fantaisie. Tel qui a mis à sec une bouteille, prétend et soutient qu’il n’a bu qu’une simple goutte.

Cependant la mesure généralement adoptée est le quart, si bien que les deux mots quart et goutte sont devenus synonymes.

Quant au liquide, c’est toujours de l’eau-de-vie, prononcez schnick, d’où le verbe schniquer et le substantif schniqueur.

La goutte se boit à toute heure de la journée, depuis le réveil jusqu’à l’extinction des feux, avant ou après la soupe. Mais de préférence on la boit le matin, au saut du lit.

Rien de meilleur pour éveiller son homme, de plus apéritif pour l’estomac, de plus sain pour dissiper le brouillard.

Sombre et mélancolique est le hussard qui n’a pas, dès l’aurore, son demi-quart au moins dans le fusil. Toute la journée s’en ressent, aussi assure-t-on que qui ne boit goutte n’y voit goutte.

Tous les militaires sont, dit-on, égaux devant la goutte parce qu’elle met dedans avec la même impartialité l’adjudant-major aussi bien que le dernier trompette.

N’est-ce pas le maréchal Bugeaud qui disait un jour: Le soldat s’agite, la goutte le mène.

Malheureusement, au 13e, on abuse souvent du schnick. Mais qui donc y trouverait à redire, si le service n’en souffre pas? Et chacun sait que le cavalier porte sans chanceler une ration qui anéantirait trois pékins, débiles buveurs de petits verres.