Le 13e hussards montre avec orgueil un vieux brigadier—cocardier à trois brisques—qui ne commence à voir clair dans ce qu’il appelle un peu fastueusement peut-être ses idées, qu’entre la troisième et la quatrième goutte.
Ce brave calculait un jour que, depuis son entrée au service, c’est-à-dire en vingt-deux ans, il avait absorbé trente-six mille cinq cent quarante quarts, encore devait-il se tromper en moins, n’ayant pas tenu compte des années bissextiles.
C’est le même qui, se trouvant indisposé, un matin qu’il avait schniqué plus que de coutume, s’écriait d’un air convaincu:
—C’est tout de même vrai, comme dit c’t autre, que quand le vase est déjà plein, faut qu’une goutte pour le faire déborder.
XIII
Devant la cantine, le brigadier Goblot arrêta Gédéon, et d’une voix tout à la fois sévère et paternelle:
—Ouvrez l’œil et l’oreille, june homme, dit-il; tant que vous et moi boirons insensiblement, je condescends à ce que tu oublies mes galons. Il n’y aura plus un brigadier et un simple hussard, mais deux camarades et collègues. Qu’ainsi tu peux sans crainte être facétieux et familier, et même me tutoyer, ainsi que je t’en donne l’exemple.
—Croyez, brigadier, commença Gédéon...
—Silence dans le rang! Une fois dehors, par exemple, garde à vos! je ne te connais plus que pour te flanquer à l’ours. Et maintenant, place, repos!
On s’assit, et le brigadier Goblot, trouvant dans Gédéon un merveilleux auditeur, devint lui-même facétieux et communicatif.