—Suffit, dit le brigadier visiblement flatté, les femmes elles m’en ont toujours fait compliment. Mais pour en revenir aux bleus, il faut avouer qu’en commençant ils ont du trimage, vu qu’il est de leur compétence de faire toutes les corvées qui manquent d’agrément: on leur fait ainsi mordre au métier par le bout le plus dur. Donc, si j’étais de toi, je tâcherais de travailler chez le chef.

—Quel chef, brigadier?

—Le marchef, donc.

—Je vous avouerai que je ne comprends pas de qui vous parlez.

—Et vous avez été éduqué! mais allez donc demander ça au premier enfant de troupe venu! Le chef, mais c’est le maréchal des logis chef; seulement, pour économiser la salive, on dit le marchichef ou le marchef, ou simplement le chef. De même qu’on ne dit pas un maréchal des logis, mais un marchegis ou un marchis. Et maintenant, assez causé, vu que je suis de semaine.

Mais comment n’avoir pas pitié de l’ignorance d’un bleu! Sur les instances de Gédéon, le brigadier lui expliqua que, chaque semaine, à tour de rôle, un lieutenant, un maréchal des logis et un brigadier par escadron sont plus spécialement chargés de tous les détails du service.

Sur le dernier grade retombe naturellement le plus lourd du fardeau.

Le brigadier de semaine est donc l’homme le plus à plaindre du régiment. Il doit tout voir, tout entendre, tout savoir, faire exécuter les ordres, prévoir au besoin.

Hommes et chevaux sont sous sa responsabilité. Aux uns il fait donner l’avoine, aux autres distribuer la soupe. Couché le dernier, il doit être le premier debout.

—Ainsi moi, conclut le brigadier Goblot, j’ai pris l’habitude, afin d’être plus vite prêt, de ne pas me déshabiller tant que je suis de semaine. Tel que vous me voyez, il y a cinq jours que je n’ai tiré mes bottes. Ah! les premiers galons coûtent cher.