Comme il se livrait fort attentivement à cette occupation, armé d’un grand couteau et d’un gros pain blanc, le cuisinier, son chef pour l’instant, lui ordonna brutalement de siffler.
Pour le coup, se dit Gédéon, voilà de l’arbitraire et du despotisme; certes, je n’obéirai pas, d’autant que sur la manche de ce cuisinier je n’aperçois pas l’ombre d’un galon.
—Je n’ai pas la moindre envie de siffler, dit-il, et je ne sifflerai pas, n’y voyant aucune nécessité.
—Ah! tu ne veux pas! riposta le cuisinier furieux, eh bien, je me charge de faire régler ton compte.
En effet, un maréchal des logis étant entré, le cuisinier se plaignit amèrement de l’insubordination de son aide, et réclama pour lui une punition.
Le maréchal des logis se prit à rire.
—Il faut toujours obéir, dit-il à Gédéon, surtout quand on ne sait rien. On fait siffler les bleus en taillant la soupe, pour être sûr qu’ils ne mangent pas le pain blanc. Cet usage évite l’ennui de surveiller leurs mâchoires, l’expérience ayant démontré qu’il est impossible de siffler et de manger simultanément.
Pour cette fois je vous épargne la salle de police.
XVII
Gédéon sifflait comme un merle, lorsqu’il fut appelé par le marchef de son escadron: on allait enfin lui donner le brillant uniforme.