Mainte fois je l’ai entendu affirmer que les chevaux ne sont pas les plus difficiles à instruire.—Croyons-en son expérience.
En vertu de ce principe, il suit, à l’égard de ses élèves, deux méthodes bien différentes.
D’une patience, d’une douceur inaltérables avec les chevaux, il est pour les hommes incroyablement dur.—Gédéon disait brutal. N’est-ce pas lui qui affirmait un jour que la salle de police est l’éperon du hussard?
Les résultats de ce système ne sont pas toujours des plus heureux. Les conscrits tremblent au seul nom du capitaine instructeur, mais leur intelligence n’y gagne guère. S’ils sont niais, à sa vue ils deviennent stupides, et pour peu qu’il élève la voix, ils finissent par ne plus pouvoir distinguer leur main droite de leur main gauche.
Cependant il ne faut pas trop lui en vouloir de ses rigueurs. Pour lui, voir un cavalier maladroit tracasser un cheval par inexpérience, est le plus effroyable des supplices. Que de fois on l’a entendu crier, pâle de fureur, à quelque pauvre bleu bien ahuri:
—Mais que lui veux-tu donc, triple brute, à ton cheval? Que t’a-t-il fait, sauvage? Sais-tu ce que tu lui demandes?
Et comme le pauvre bleu, à cette voix menaçante, perdait de plus en plus la tête et les étriers:
—Vas-tu laisser ton cheval tranquille, brigand, ou je t’ordonne de mettre pied à terre, animal! et je le fais monter sur ton dos d’âne!
Dieu seul peut savoir et calculer ce que lui coûte, en moyenne, de jurons et de colères—non rentrées—chaque recrue qui sort de ses mains ayant enfin acquis la tenue, l’assiette, la souplesse et le liant qui constituent essentiellement le cavalier.
Et l’on ferait une petite armée avec les bleus qu’il a mis à cheval.