Sans compter qu’il saisit toutes les occasions pour demander, au nom de l’humanité, la suppression de l’éperon, instrument barbare, bon tout au plus en temps de guerre, lorsqu’on a vraiment besoin des chevaux, et dont, en temps de paix, les hussards du 13e font, paraît-il, malgré une surveillance active, un déplorable abus.

Bref, le cheval est le bœuf Apis du capitaine instructeur, et sa plus vive colère lui est venue le jour où, par le plus grand des hasards, dépliant un journal, il y lut qu’une société de savants s’efforce de faire servir à l’alimentation la chair du vaillant animal.

De ce moment, les économistes ont été toisés.

Lui-même, cependant, une fois en sa vie, a mangé du cheval. Mais c’était en Afrique, et depuis deux jours on manquait de vivres. Ah! ce fut dur.

Il y a de cela huit ans, et sa conscience n’a pas encore pardonné à son estomac la digestion de ce beefsteack dénaturé. Les naufragés de la Méduse parlaient avec moins d’horreur de leurs épouvantables festins.

Un officier de hussards manger son cheval pour lui conserver son cavalier! terreur et abomination!!

Avec ou malgré tout cela, le capitaine instructeur est fort aimé de ses collègues, et il le mérite. Il y a deux hommes en lui.

Oui, il a deux caractères parfaitement distincts: un à pied, un autre à cheval.

Une fois en selle, il est terrible, inabordable, un vrai hérisson.

Met-il pied à terre, il redevient un homme charmant, sachant son monde, bienveillant et plein de sens, sauf en ce qui concerne les conscrits et les chevaux.