Et pendant huit jours encore, tous les matins, ce fut la même répétition.
—Que diable! se disait Gédéon, qui finissait par ne plus savoir distinguer—après tant d’explications—sa jambe droite de la gauche, que diable! si cela continue, je finirai par ne plus savoir me tenir debout. Autrefois, cependant, il me semble que je savais marcher.
Enfin, à sa grande satisfaction, on lui mit un fusil entre les mains: l’exercice allait commencer pour tout de bon.
Il s’agissait d’apprendre à porter l’arme, à la mettre à terre, ou au bras, ou sur l’épaule; à la charger, par temps et mouvements, à déchirer cartouche, à mettre son homme en joue, et enfin d’arriver à ce magnifique résultat, de tuer son homme par principes.
Malheureusement pour Gédéon, il avait choisi pour s’engager une mauvaise saison. Il faisait froid, très-froid; et outre que ses pieds refusaient de lui obéir, il en arrivait à perdre l’usage de ses mains.
Telle était alors sa maladresse, que lui-même en rougissait. Le brigadier, lui, jurait—à faire prendre les armes aux hommes du poste—et accablait son conscrit d’injures.
Disons-le à la honte de Gédéon, les jurons variés de son supérieur, les mots pittoresques qu’il inventait dans sa colère, faisaient ses délices et seuls abrégeaient un peu le temps.
Tout cela ne faisait toujours pas monter le thermomètre.
Mais l’arme véritable de la cavalerie est le sabre,—latte ou bancal suivant les corps,—un joli joujou qui ne plaisante pas quand on sait s’en servir.
Le maniement n’en est pas des plus faciles, Gédéon ne tarda pas à s’en apercevoir. C’est lourd, un bancal, et le bras, à moins d’une grande habitude, se fatigue vite à faire des moulinets.