Comme il se plaignait amèrement à la chambrée de l’indifférence de tous ceux qui l’avaient vu tomber:

—Imbécile! lui dit un brigadier, est-ce que vous coûtez mille francs, vous?

XXVI

Cette chute ne devait pas être la dernière. Un apprenti cavalier tombe sept fois par jour, dit un proverbe, autant de fois que le sage pèche. Mais avec l’habitude, Gédéon, dans ces nombreuses séparations de corps, trouva moyen de choir sans se faire aucun mal.—C’était déjà un sensible progrès.

On le faisait alors trotter en cercle durant des heures entières; bon gré mal gré il acquérait cette solidité, cet aplomb, indispensables au hussard qui doit faire revivre le type du centaure Chiron, ce dieu du manége, ce patron des écuyers.

Trotter en cercle!... Jamais Gédéon, conscrit naïf, n’avait imaginé pareil supplice. Au quinzième tour il était brisé.

Monté sur un cheval à réactions violentes, un trotteur dur, il était affreusement secoué dans tous les sens. Enlevé à un pied au-dessus de la selle, il retombait à contre-temps, et, par un mouvement involontaire, à tout instant sa main demandait à la cinquième rêne un secours ou un point d’appui.

Essoufflé, endolori, il tournait vers son instructeur des regards suppliants; le brigadier n’y prenait garde:

—La tête haute, donc! criait-il, le corps en arrière les genoux liants.

Et le cheval trottait toujours, et Gédéon craignait à chaque moment de voir s’effondrer son estomac; il ressentait entre les épaules de sérieuses douleurs.