Il y a encore la fameuse histoire du soldat de la retraite de Russie:
Ce brave avait été mis en faction non loin d’un petit village occupé par nos troupes. La position fut attaquée, l’ennemi repoussé, mais on oublia de relever le malheureux factionnaire. Peut-être le croyait-on mort.
Lui, cependant, fidèle à la consigne, ne déserta pas son poste.
Des jours se passèrent, des semaines, des mois, des années: il restait toujours où on l’avait placé, vivant comme il pouvait des secours des paysans, ne dormant que d’un œil.
Vingt ans plus tard, un officier général français, passant en voiture près de ce village, aperçut, l’arme au bras, un homme dont le costume gardait encore quelques vestiges de l’uniforme de notre armée.
Il fit arrêter sa voiture, descendit et s’approcha.
—Qui vive?... cria le factionnaire.
Le général, qui n’avait pas le mot d’ordre, eut toutes les peines du monde à lui persuader qu’il était bien et dûment relevé de sa consigne.
Sa faction avait duré vingt ans trois mois et onze jours.