Dans les exécutions de ce genre, nul n’a le droit de se récuser. Le coupable, puni dans l’intérêt de tous, doit être puni par tous; le jugement rendu, chacun doit prêter main-forte, s’armer, et frapper en conscience, ou venir à son tour tenir un des coins de la couverte.

Tout le monde doit être également compromis. S’abstenir est considéré comme une trahison ou comme une lâcheté. Mais on ne laisse personne employer ce moyen facile de se mettre à couvert dans le cas où l’autorité voudrait à son tour juger les juges et exécuter les exécuteurs.

Seul, le camarade de lit du condamné est dispensé de frapper son compagnon, mais il doit assister au châtiment.

Il va sans dire qu’un homme jugé et puni par ses camarades est atteint d’une flétrissure dont il se lave difficilement.

Cette fois, après mûre délibération, il fut décidé que le voleur de pain passerait à la savate, et subirait sa peine le jour même.

—Ce soir, dit le plus ancien, trouvez-vous tous ici, le brigadier aura soin de sortir, et nous ferons ce que nous voudrons.

Un brigadier, en effet, ne pourrait assister à une scène pareille sans compromettre ses galons; mais, prévenu à temps, il a toujours soin, le moment venu, de s’absenter, par le plus grand des hasards.

C’est au régiment surtout que se pratique cette maxime de Napoléon le Grand: Il faut laver son linge sale en famille; et l’autorité militaire, qui repousse et défend les actes de justice sommaire, trouve bon en ces occasions de fermer les yeux.

Et bien elle fait. Le Code militaire ne plaisante pas, savez-vous? Cet homme qui a volé du pain, il irait aux fers: ne vaut-il pas mieux laisser les hussards le châtier eux-mêmes? La punition est moins forte, et elle porte mieux.

Aussi, de tous les colonels qui se sont succédé au 13e, aucun jamais n’a recherché les auteurs des quatre ou cinq exécutions qui y ont eu lieu; aucun n’a voulu savoir—officiellement, bien entendu—quel était le crime du coupable. Il ne voulait pas être, lui aussi, obligé de punir.