Au 13e, voyez-vous, il est rare, rarissime qu’il se rencontre un voleur. Il est vrai qu’il y a peu ou même rien à prendre. Mais si d’aucunes fois il s’en trouve un, on ne veut pas le reconnaître. Autant que possible, on évite de le faire passer en jugement. On s’en débarrasse comme on peut. On lui cherche une querelle d’Allemand, à propos de toute autre chose.

Et tenez, une fois, à Huningue, on prit sur le fait un sous-officier qui volait la montre de l’adjudant-major. Il avait commis bien d’autres détournements, il était impossible de ne pas l’arrêter, il fut mis en prison.

Il ne passa pas au conseil, pourtant. De l’aveu tacite du colonel, les sous-officiers se réunirent, et envoyèrent une députation au misérable.

On lui laissait le choix entre se brûler la cervelle ou passer à l’étranger.

Il préféra la dernière alternative. Alors, tous ses collègues se cotisèrent; et de même qu’ils lui avaient offert un pistolet et des balles, ils mirent à sa disposition une petite somme qui lui permit de gagner la frontière et de vivre quelque temps sans exercer son industrie.

Il fut jugé et condamné, c’est vrai—mais comme déserteur.

C’est qu’en cela le régiment est véritablement comme une famille bien unie, qui se croit atteinte par l’infamie d’un de ses membres, et qui fait tout au monde pour éviter que son déshonneur ne s’ébruite.

Et c’est là, sachez-le, ce qui fait la force de notre armée. C’est cette cohésion, cette solidarité qui la font invincible: tous se croient et se disent responsables de chacun.

On n’y peut pas être voleur, encore moins traître, encore moins lâche.

XXXIII