Eh bien! non! le sabre est terrible, c’est vrai, son aspect est formidable, mais il est peut-être moins dangereux que l’épée, moins perfide que le fleuret; ces armes souples comme le serpent, acérées comme l’aiguille, qui vous tuent sans vous tirer une goutte de sang.

Avec le bancal, au moins, on voit sa blessure. Pas n’est besoin qu’un des témoins y vienne coller ses lèvres pour arrêter l’épanchement intérieur, elle saigne pardieu bien d’elle-même!

Voulez-vous des entailles et des estafilades? parlez-moi du sabre. Tudieu! quels beefsteacks il vous enlève, lorsqu’habilement manié il tombe sur une partie charnue.

—Et voilà pourquoi, conclut La Pinte, le bancal est pour un maladroit comme la meilleure des armes. Il ne te tuera pas en traître, comme un carrelet, tu auras le temps de le voir venir, et si tu es estropié, sois tranquille, tu le sentiras bien.

XXXV

Le lendemain, à la pointe du jour, Gédéon et son adversaire se rencontraient sur le terrain des manœuvres, théâtre ordinaire de ces expéditions. Ils étaient suivis de leurs témoins et assistés du maître d’armes.

Sans ce dernier, pas de duel autorisé au 13e. Arbitre absolu, il remplit les fonctions de juge ou maître de camp. Il décide des coups, et, le moment venu, déclare l’honneur satisfait.

Un homme charmant, le maître d’armes du 13e, et le meilleur tireur de contre-pointe de l’armée! Un bras de fer, des muscles et des jarrets d’acier, et quel coup d’œil!

Il faut le voir à sa salle, lorsqu’il a mis bas le dolman pour revêtir le plastron blanc, sur lequel brille un cœur écarlate. Sans peine et sans fatigue, il suit les cinq ou six leçons que donnent ses prévôts. Un joli coup se présente-t-il? crac, son épée étincelle comme l’éclair et arrive comme la foudre, à l’un, à l’autre. Il pare, riposte, attaque, il a dix engagements à la fois. Les scintillements des sabres et des épées font à son front comme une auréole, il est le dieu du fer.

On n’a vraiment à lui faire qu’un seul reproche. Lorsque lui-même daigne donner une leçon avec les sabres de bois d’étude, il prend un malin plaisir à faire de temps à autre pleuvoir une grêle de coups sur les doigts, les bras et les épaules de ses élèves trop lents à la parade.