D’ailleurs, d’une fabuleuse urbanité, d’une politesse méticuleuse, esclave des formes et des belles manières; beau diseur, démonstrateur prolixe et recherchant volontiers cette fine pointe qui jaillit dans la conversation comme l’éclair de l’épée.
Aimant l’art pour l’art, il ne comprend pas le duel entre deux maladroits. Il pleure encore un de ses amis tué dans une rencontre, moins parce qu’il est mort que parce qu’il a été mis bas par un de ces coups qui, sans être déloyaux, sont hors de toutes les règles—et ne devraient pas compter.
Lui-même a eu bon nombre d’affaires, car dans sa jeunesse il avait la tête près du bonnet de police, mais Gédéon ne lui en entendit jamais parler. A coup sûr il ne devait pas avoir tort. Demandez au premier hussard du 13e que vous rencontrerez, il vous affirmera que le maître d’armes du régiment est incapable de chercher une querelle à un enfant, et ne massacrerait pas une mouche de propos délibéré.
XXXVI
Il tombait, ce matin-là, une jolie petite pluie, bien fine, bien serrée, bien glaciale.
—Habit bas! commanda le maître d’armes.
Alors, tandis que Gédéon et son adversaire se mettaient en tenue de combat, il appela leur attention, par quelques paroles bien senties, sur l’avantage immense des armes, qui substituent l’adresse à la force, et égalisent les chances entre le fort et le faible. En terminant il leur recommanda d’éviter autant que possible le coup de pointe.
Au 13e, en effet, dans les duels ordinaires, le coup de pointe n’est pas admis. Si, emporté par l’ardeur de la lutte, un des combattants se fend la pointe en avant, le maître d’armes, qui a une épée à la main pare le coup, et le coup est jugé nul.
Le colonel permet l’estafilade, mais il ne veut pas, autant que possible, la mort du hussard, excepté dans les cas très-graves—fort rares au régiment.
Après ça, on peut fort bien être descendu par un coup de banderole. Essayez.