Lorsque Gédéon se vit le torse nu devant le grand sabre de son adversaire, il sentit courir dans ses veines ce petit frisson taquin qu’une fois au moins en leur vie ont connu les plus braves.
—Suis-je niais! se disait-il; bien évidemment une chemise ne serait pas un bouclier, eh bien! il me semble que le plus léger tissu sur mes épaules me donnerait de l’assistance.
Les adversaires étaient placés, les fers croisés.
—Partez! dit le maître d’armes.
Gédéon avait recouvré tout son sang-froid. Tant bien que mal il para les trois ou quatre premiers coups. Il voulut alors attaquer à son tour, se fendit, et... le sabre de son adversaire lui dessina proprement sur le bras un magnifique chevron de quinze centimètres.
—Assez! prononça le maître d’armes en relevant les sabres.
Et il engagea les combattants à se donner une poignée de mains «loyale et sincère,» et l’accolade fraternelle, gage d’oubli des «torts de l’un et de l’autre et réciproquement.»
—Parce que, ajouta-t-il, entre deux braves qui ont croisé le fer, et se sont mutuellement donné des preuves de courage, il doit y avoir amitié à la vie à la mort.
Donc, on s’embrassa, et une goutte à la cantine acheva l’œuvre de réconciliation si heureusement commencée par le bancal.