D’un coup d’œil, le docteur jugea la blessure de Gédéon.
—Ce n’est rien, lui dit-il, dans huit jours, il n’y paraîtra plus; rendez-vous à l’infirmerie.
C’est une vaste chambre, située dans le coin le plus reculé du quartier, et qui ressemblerait à toutes les chambrées, n’était son aspect lugubre. Elle est bien plus malpropre aussi, et au parfum du bivac se mêlent d’horribles émanations pharmaceutiques.
Prison pour prison, Gédéon regretta la salle de police.
A l’infirmerie commande et règne despotiquement le chirurgien-major. Là il purge, déterge et vaccine à son gré, pour le plus grand désespoir de ses malades.
Je ne dirai pas qu’il y taille et qu’il y rogne, ce serait exagérer. Tous les hussards un peu gravement atteints sont envoyés à l’hôpital, le docteur ne se réserve que les indispositions très-légères, les contusions, les luxations, les foulures simples, les petites coupures, et les clous, qui sont sa spécialité.
Gédéon ne sut jamais le nom du chirurgien du 13e hussards.
On l’appelait le docteur Ipéca.
Sans doute à cause de sa drogue favorite, l’ipécacuana, panacée universelle, à son avis, dont il use et abuse dans de fabuleuses proportions.
Cette plante rubiacée et le bistouri composent tout son arsenal de guérisseur. Souvent il laisse le choix au patient. Dans les cas graves, il emploie les deux.