J’étais donc occupé à chercher dans mes livres de quoi satisfaire, de quoi tromper, plutôt, la curiosité de tous, lorsque M. Goguereau arriva chez nous, suivi d’un tout jeune homme, je suis sûr qu’il n’avait pas vingt ans, revêtu de l’uniforme de l’artillerie, chaussé de fortes bottes et crotté jusqu’à l’échine...
C’était un des courriers expédiés à l’Assemblée nationale, qui avait assisté à l’affaire de Longwy, et que mon parrain sachant nous être agréables, avait invité à dîner chez nous.
Par ce jeune officier, nous sûmes tout ce qui s’était passé...
C’était le 19 août 1792, que l’armée prussienne avait franchi la frontière, s’avançant du côté de Longwy.
Le roi de Prusse et le duc de Brunswick conduisaient l’avant-garde, l’armée suivait par lignes.
La première ligne s’arrêta vers les bois de Chenière, ayant Longwy à dos, couvrant ainsi la place comme un corps d’observation.
La seconde ligne campa sur les hauteurs en face de la ville.
Puis, entre ces deux corps, et aux extrémités, se massèrent les dragons de Bareith, de Lothum et de Normann; les cuirassiers de Weymar et d’Ilow...
La forteresse de Longwy était alors un hexagone, avec cinq demi lunes et un ouvrage à corne du côté de Saint-Marc. Les casemates y étaient dans le meilleur état, soixante-douze pièces de canon étaient en batterie sur les remparts et les magasins étaient abondamment pourvus de vivres et de munitions.
Avec de tels moyens de défense, il n’était pas un seul des dix-huit cents soldats composant la garnison qui ne fût persuadé que le commandant Lavergne allait faire une longue et glorieuse résistance.