—Et c’est ce qu’il fera, disaient les trembleurs blêmes, «toute la population, de même que les troupeaux qu’on mène à l’abattoir, sera conduite dans la plaine Saint-Denis, et mitraillée sans triage, sans distinction d’âge, de sexe et de rang...»
Vous le voyez, mes amis, quels que soient les temps, les mêmes calamités rappellent les mêmes effarements...
Nous étions à la fin du dix-huitième siècle, nous nous étions armé du scepticisme de Voltaire, et cependant nous reculions soudainement jusqu’aux époques de Charles VI, alors que l’Anglais envahissait la France... Que dis-je!... Nous reculions jusqu’aux invasions barbares, en ces temps où les foules saisies de panique s’enfuyaient en criant:
—Voilà les barbares!... C’est le fléau de Dieu qui approche, c’est le jugement dernier!...
Danton était inaccessible à ces terreurs.
Au sortir du conseil des ministres, il s’était rendu à l’hôtel de ville.
Là, il rassemble la Commune, et Manuel, le procureur-syndic, inspiré par lui, se lève et propose que, «tous les citoyens en état de porter les armes se réunissent au Champ-de-Mars, y campent, et le lendemain marchent sur Verdun pour purger le sol français des barbares qui le souillent, ou mourir...»
La commune décrète ensuite.
Que tous les chevaux de luxe pouvant servir aux volontaires qui partent pour la frontière seront requis...
Qu’un état sera dressé des hommes prêts à partir...