Que le canon d’alarme sera tiré sans discontinuer, le tocsin sonné, la générale battue...

Informée des mesures que vient de prendre la commune pour la levée en masse, l’Assemblée bat des mains...

Et Vergniaud, le grand orateur de la Gironde, dont le génie croît avec le danger de la patrie, s’élance à la tribune et dit:

«Il paraît que le plan des Prussiens est de marcher droit sur Paris en laissant les places fortes derrière eux... Eh bien! ce projet fera notre salut et leur perte... Nos armées, trop faibles pour leur résister, seront assez fortes pour les harceler sur leurs derrières; et tandis qu’ils arriveront poursuivis par nos bataillons, ils trouveront en leur présence l’armée parisienne, rangée en bataille sous les murs de la capitale, et, enveloppés là de toutes parts, ils seront dévorés par cette terre qu’ils avaient profanée...

»Mais au milieu de ces espérances flatteuses, il est un danger qu’il ne faut pas dissimuler, c’est celui des terreurs paniques...

»Nos ennemis y comptent et sèment l’or pour le produire...

»Et vous le savez, il est des hommes pétris d’un limon si fangeux qu’ils se décomposent à l’idée du moindre danger...

»Je voudrais qu’on put signaler cette espèce sans âme et à la figure humaine, et réunir tous les individus dans une même ville, à Longwy, par exemple, qu’on appellerait la ville des lâches, et là, devenus l’opprobre du genre humain, ils ne sèmeraient plus l’épouvante chez leurs concitoyens...

»... Ils ne nous feraient plus prendre des nains pour des géants, et la poussière qui vole devant un escadron de uhlans pour une innombrable armée...

»Parisiens, l’heure est venue de montrer votre énergie...