Dumouriez avait treize blessures, sans compter quantité de coups et de meurtrissures, sans compter ses grains de poudre au visage qui le faisaient beaucoup souffrir.

Ce qui l’affectait le plus était de ne pouvoir faire usage de ses bras, et d’être ainsi à la merci de ceux qui l’entouraient, encore qu’on eût pour lui les plus grandes attentions.

Le lendemain, il fut présenté au duc de Brunswick, qui l’accueillit en lui prodiguant les plus grands éloges, mais qui le retint prisonnier...

Il fut retenu ainsi plusieurs semaines, et comme compensation, sans doute, le duc en lui rendant la liberté, écrivit au marquis de Castries une lettre où le courage de Dumouriez était porté aux nues.

Certes, le duc de Brunswick ne prévoyait pas que cette lettre serait le point de départ de la fortune militaire de son jeune prisonnier, ni qu’il le retrouverait encore, mais général en chef de l’armée française, alors, et lui barrant le chemin de Paris.

Les quatre années que Dumouriez s’était accordées n’étaient pas écoulées, quand il reçut la croix de Saint-Louis. On lui donna de plus une compagnie à ce régiment d’Escars qui l’avait vu simple cavalier... Il n’avait pas vingt-trois ans...

Mais je m’aperçois, mes amis, que j’en aurais pour plus d’une journée, si j’entreprenais de vous conter en détail l’existence aventureuse de cet homme, un des plus extraordinaires, à coup sûr, de notre histoire.

Oui, certes, il me faudrait plus d’un jour pour vous dire ses luttes, ses voyages, ses duels, ses multiples intrigues, ses amours en Espagne et l’étrange et touchant roman de son mariage.

Je ne m’attacherai donc qu’à l’essentiel.

Commandant d’une compagnie du régiment d’Escars et chevalier de Saint-Louis à un âge où tant d’autres viennent à peine d’être mis au port d’armes, Dumouriez devait croire au plus brillant avenir...