«Comme si j’avais eu le choix des moyens!...»
Toujours est-il qu’au retour d’un voyage en Italie, qu’il avait entrepris et accompli à pied et presque sans argent, il adressa au ministère Choiseul un mémoire sur les «voies et moyens pour unir étroitement l’île de Corse à la France.»
Mal reçu par le ministre, le trouvant opposé à ses vues et rien moins qu’au courant de la question, Dumouriez s’emporta si fort et s’oublia si bien, qu’il n’eut rien de mieux à faire en sortant de l’audience que de mettre vite la frontière entre lui et une lettre de cachet plus que probable.
Mais M. de Choiseul se ravisa.
Il manda Dumouriez, et après lui avoir donné la satisfaction d’une réparation publique, il le nomma aide-maréchal-général-des-logis du corps d’armée que la France envoyait en Corse, et lui fit payer une forte gratification d’entrée en campagne.
Lui, du moment où son amour-propre était satisfait, ne marchanda pas plus son zèle qu’il n’épargna sa personne.
Et l’intelligence, la bravoure et l’activité qu’il déploya dans cette pénible guerre de Corse, eussent suffi à assurer la réputation d’un homme moins enguignonné que lui.
C’est qu’il était,—l’aveu est un de ses plus cruels ennemis,—il était un de ces instruments trop précieux pour que ceux qui les emploient tirent jamais volontairement de l’obscurité.
Les prodiges qu’il avait accomplis en Corse ne firent que mettre de nouveaux bâtons dans les roues de sa fortune.
Revenu à Paris avec le duc de Lauzun, pour donner au roi les détails de la conquête de l’île de la Corse, il se vit reçu en serviteur dont on se débarrasserait de grand cœur, si on avait seulement l’ombre d’un prétexte.