Rappelé à Paris, en 1792, par le ministre de la guerre, il s’y trouva un moment réduit à une telle détresse, qu’après avoir vendu son argenterie, il eût été réduit à vendre ses livres, sans l’aide d’une amie dévouée et fidèle, qui était la sœur de Rivarol.
Mais ni les soucis de la gêne ni les incertitudes de l’avenir n’abattaient son courage, et plus que jamais il rédigeait des notes, des rapports, des mémoires, qu’il faisait parvenir au roi par l’entremise de son ami Laporte.
Tous ces travaux ne l’empêchaient pas de paraître au club des Jacobins, de suivre les séances de l’Assemblée, et de se lier avec les députés Girondins les plus influents, principalement avec Gensonné.
Et voilà comment, le 15 mars 1792, Dumouriez fut nommé ministre des affaires étrangères...
S’il était encore en France un homme capable de sauver la cause presque perdue de la vieille monarchie, cet homme assurément c’était Dumouriez.
Mais si le débonnaire et faible Louis XVI en avait eu le vague pressentiment, ses amis, les ambitieux et les intrigants qui l’entouraient, furent moins clairvoyants que lui.
Il n’y eut qu’un cri de stupeur et de colère, dans les antichambres des Tuileries, quand on connut le nom des membres du nouveau cabinet.
Les rares courtisans demeurés près du roi s’en allaient le long des corridors, le visage long d’une aune, hochant la tête et répétant:
—C’en est fait, nous avons un ministère sans-culottes.
Cela se disait si haut que Dumouriez l’entendit.