Le silence s’était fait, profond, intense.
Au-dehors, même, les grondements sourds de la foule se taisaient.
Lui, un peu pâle d’abord, et violemment ému d’une virile émotion, il promena son regard autour de la salle..., son bras se leva d’un geste impérieux, ses lèvres s’entr’ouvrirent... Il parla.
Le discours qu’il prononça ce jour-là, mes amis, marque une date dans les fastes de l’éloquence humaine—une date dans l’histoire de notre Révolution.
Vous le trouverez, ce discours, dans tous les livres.
Mais ce que les livres ne vous diront pas, c’est cette parole inspirée, cette voix puissante et grave, qui avait des caresses divines, quand il adjurait ses collègues de s’unir pour le salut de la patrie, et qui vibrait comme le métal des cloches quand montait son indignation.
Dédaigneux des ménagements de la prudence, il alla droit au fait.
Ce que la France pensait et disait tout bas, il le cria d’une voix si forte que le trône chancelant de Louis XVI en fut renversé...
Après avoir déroulé l’effrayant tableau des calamités de la France, il disait l’immensité et l’imminence du péril, et aussi l’incurie criminelle du pouvoir. Il montrait l’ennemi à nos portes, les émigrés en armes à la frontière, l’invasion menaçante, et le roi paralysant de son veto toutes les mesures de salut public, le roi n’osant défendre formellement à ses généraux de vaincre, mais leur enlevant hypocritement les moyens de vaincre.
«Appelez, ô mes collègues, disait-il, appelez, tous les Français à sauver la patrie... Montrez leur l’immensité du gouffre... Ce n’est que par un effort extraordinaire qu’ils pourront le franchir!...»