Un frisson électrique parcourait l’Assemblée, à ces accents inspirés du grand orateur... Chacun avait cru entendre sonner le glas de la patrie agonisante.
Alors il me fut donné de connaître l’empire de la parole humaine.
Dans cette assemblée, l’instant d’avant si divisée, et agitée de tant de passions contraires, on eût dit que tous les cœurs battaient à l’unisson pour un même désir, pour une seule pensée.
Sur les bancs de la gauche, à droite, au centre, dans les galeries, on applaudissait avec une sorte de frénésie.
Pâle, les dents serrées, les yeux brillants de larmes, mon père m’étreignit le bras à le briser.
—Ce n’est pas un homme qui parle, me disait-il, j’ai entendu la voix de la patrie elle-même... Maintenant, j’ai bon espoir.
Et cependant, à trois ou quatre places de moi, j’avais remarqué un auditeur dont la contenance contrastait singulièrement avec l’enthousiasme de tous.
C’était un très jeune homme, vêtu comme les ouvriers de la plus pauvre condition.
Il était assis au premier rang, et, chaque fois qu’on prononçait le nom du roi, je voyais parfaitement ses doigts se crisper de rage contre le bois de balustrade.
Par moments, il bondissait, se levait à demi et se penchait vers la salle comme pour jeter une insulte à la face de l’orateur.