Un ravin séparait les deux armées, dont la position avait ceci d’extraordinaire que les Français faisaient face à la France, tandis que les Prussiens avaient à dos le pays qu’ils venaient d’envahir.
Brunswick avait fait avancer cinquante-huit bouches à feu, pensant, il l’a avoué depuis, «qu’une douzaine de volées de canon, le ronflement des boulets, le bruit et la fumée» suffiraient pour épouvanter et disperser ces bataillons de volontaires qu’on avait la folie d’opposer à ses vieilles troupes...
Mais il se trompait... La jeune armée de la Révolution sut garder sous le feu une si héroïque attitude que Brunswick, saisi de stupeur, se retournant vers ses officiers, leur dit:
—Voyez, messieurs, voyez à quelles troupes nous avons affaire!... Qui diable eût jamais cru cela!
Oui, en effet, qui diable eût jamais cru que les vieux grenadiers de Frédéric, exaltés par la présence et les exhortations de leur roi, ne réussiraient pas à enlever les positions choisies par Dumouriez...
C’est ce qui arriva, cependant...
Après une canonnade de plus de douze heures, après avoir vu par cinq fois ses profondes colonnes d’attaque repoussées, Brunswick se décida à donner l’ordre de la retraite.
Par deux fois le roi de Prusse, frémissant de colère, ordonna à son généralissime de tenter un dernier effort.
—Nous ne vaincrons pas ici, répondit Brunswick découragé...
L’armée de la Révolution venait de recevoir le baptême du feu et de gagner sa première bataille... A moins d’un mois de là les Prussiens battaient en retraite...