La question de savoir en quelles formes la déclaration du danger de la patrie serait faite avait été résolue, c’est vrai.
Mais il restait à décider s’il y avait ou non lieu de proclamer sur-le-champ la patrie en danger.
Et sur cette question qui ne me semblait pas à moi, naïf, présenter l’ombre d’un doute, la discussion avait repris avec une âpreté toute nouvelle. Deux députés, surtout, qu’on me dit être, l’un l’évêque du Cher, Torné, l’autre Pastoret, représentant de Paris, faisaient assaut de violence.
L’irritation grandissait, quand soudain arriva un message du roi annonçant à l’Assemblée que les hostilités de la Prusse étaient imminentes et qu’une armée de cinquante-deux mille Prussiens s’avançait vers notre frontière...
Je renonce, mes amis, à vous donner une idée de la tempête de ricanements et de huées qui accueillit cette notification.
—C’est encore un piége, criait un député, l’armée prussienne n’est pas de cinquante-deux mille, mais de cent mille hommes.
—Sans compter vingt mille émigrés disait un autre.
—Et c’est quand ils sont à Coblentz que le roi avertit les représentants de la nation!...
Il est de fait que, dans mon âme et conscience, je ne savais comment qualifier cette communication tardive, d’un fait connu de l’Europe entière, qui était l’unique sujet d’entretien de Paris, qui avait motivé le foudroyant discours de Vergniaud et le décret qui en avait été la suite...
L’Assemblée ne daigna pas s’en occuper, et les débats continuaient, quand un orateur nouveau parut à la tribune.