C’était un vieillard de la figure la plus noble, avec cet air de mansuétude que l’imagination prête aux Apôtres.

Je demandai son nom. On me répondit que ce député n’était autre que Lamourette, ancien grand vicaire de l’évêque d’Arras et alors évêque constitutionnel de Lyon.

Vénéré de ses collègues, il obtint le silence, et, d’une voix émue:

«On vous a proposé, commença-t-il, on vous proposera encore des mesures extraordinaires, pour parer aux dangers de la France... A quoi bon! si vous ne savez pas rétablir dans votre propre sein la paix et l’union... J’entends dire que ce rapprochement est impossible... Ces mots me font frémir; ils sont une injure à cette Assemblée... Les honnêtes gens ont beau être divisés d’opinion, il est un terrain de patriotisme et d’honneur où ils se rencontrent toujours... Ah! celui qui réussirait à vous réunir tous, serait le véritable vainqueur de la Prusse et de Coblentz!...»

Après bientôt un siècle, mes amis, je suis sûr de vous citer textuellement les paroles de cet homme de bien, tant elles se gravèrent profondément dans ma mémoire...

—Celui-ci a grandement raison, pensais-je, et il songe aux intérêts de la France et non à ceux de ses rancunes ou de son ambition.

Et l’émotion qui s’était emparée de moi, je voyais bien que tout le monde la partageait.

Lui, cependant, d’un accent irrésistible poursuivait:

«Jurons de n’avoir qu’un seul esprit, qu’un seul sentiment; jurons de nous confondre en une seule et même masse d’hommes libres. Le moment où l’étranger verra que ce que nous voulons nous le voulons tous, sera le moment où la liberté triomphera, et où la France sera sauvée!...»

Il n’avait pas achevé que tous les députés étaient debouts et, la main étendue, prêtaient le serment proposé.