Ce qui augmentait l’anxiété, c’était la présence à Paris d’un certain nombre de Fédérés de la province.

Les cinq cents Marseillais qu’on attendait n’étaient pas arrivés encore, mais il était venu des Bretons et des Lyonnais.

Presque tous étaient jeunes et brûlants d’un enthousiasme chauffé à blanc par les démonstrations patriotiques dont ils avaient été l’objet tout le long de leur route.

Ils étaient logés, quelques-uns chez des patriotes, le plus grand nombre rue de la Pépinière, à l’ancienne caserne des gardes françaises.

Déjà, depuis quelques jours, on les rencontrait par bandes dans les rues. Ils se promenaient, hantaient les clubs et se multipliaient si bien qu’on les eût cru dix mille.

Déjà, même, ils avaient occasionné quelques rires.

Le soir du 13 juillet précisément, huit ou dix d’entre eux voulurent tout casser chez le restaurateur Cerni, dont l’établissement faisait le coin de la rue des Moulins. Il est juste d’ajouter qu’ils avaient été imprudemment provoqués.

Trouvant mauvais le vin qu’on leur servait, ils en avaient demandé de meilleur, et Cerni leur avait répondu qu’il en avait, mais qu’il le gardait pour les Prussiens.

C’est notre voisin l’épicier qui, ayant été témoin de l’algarade, accourut nous la raconter.

Il trouva chez nous cinq ou six commerçants de la rue, qui agitaient la question de savoir s’ils ouvriraient leur boutique le lendemain.