En digne femme de Jean Coutanceau ma mère dit:

—Je ne fermerai pas, quoi qu’il arrive, un boulanger ne doit jamais fermer.

Mais son courage n’alla pas jusqu’à me donner, tout d’abord, la permission d’aller voir la fête.

Elle ne pouvait oublier que l’année précédente, le 27 juillet, le Champ-de-Mars avait été le théâtre d’une collision sanglante.

—Que veux-tu aller faire là, me répétait-elle; tu es encore trop jeune, ce n’est pas ta place...

Cependant, j’insistai tant qu’elle finit par céder, mais à la condition que je me ferais accompagner de notre premier geindre, et que je ne le quitterais pas...

Ce geindre, nommé Fougeroux, âgé d’une quarantaine d’années, était chez nous depuis vingt ans, et faisait en quelque sorte partie de la famille. Il mangeait à notre table, logeait dans notre maison, et c’était ma mère qui raccommodait ses hardes.

C’était un hercule, avec des épaules larges comme un dressoir, et des bras qui, à battre la pâte, avaient pris des proportions véritablement colossales.

Son intelligence n’était pas très développée et il était têtu comme une mule, mais il était honnête et bon.

Dire qu’il nous était dévoué serait dire trop peu. Son affection pour mon père, pour ma mère et pour moi surtout, qu’il avait vu naître, tenait du fanatisme. Quand il avait parlé de son jeune bourgeois, il n’y avait plus qu’à tirer l’échelle. Et malheur à qui se fût avisé de ne me point trouver parfait.