Et les tambours battaient toujours, les cuivres mugissaient, les canons tiraient à coups si précipités que leur fumée fermait l’horizon... Et au-dessus de tout, s’élevait de plus en plus formidable le même cri:
—Vive Pétion!...
C’était comme le mot d’ordre de la journée...
On le voyait sur tous les drapeaux. Des milliers d’hommes avaient écrit à la craie sur leur bonnet ou sur leur chapeau: Pétion ou la mort!...
D’où j’étais, en me penchant, je pouvais apercevoir le roi.
Il était immobile comme une statue, regardant d’un œil morne cette marée humaine qui montait toujours...
C’étaient les sections qui défilaient... Le 104e régiment passa, précédant des fédérés qui portaient les tables de la loi et un modèle en plâtre de la Bastille... Puis vint la section Saint-Marceau, dont la musique jouait: Où peut-on être mieux qu’au sein de sa famille...
Enfin, le triomphateur de la journée, Pétion lui-même, parut à la tête de la municipalité.
Ses habits étaient en désordre, sa coiffure dérangée, il était pâle comme la mort et semblait près de défaillir, écrasé sous le poids de son triomphe...
Il s’appuyait au bras d’un ami, et par moments faisait un geste de la main, comme pour dire: «Grâce!... assez!...» Mais ce geste, loin de calmer les acclamations, redoublait leur violence.