Quand il passa devant notre tas de briques, Fougeroux se dressa, et agitant son chapeau, clama d’une voix de tonnerre! «Pétion ou la mort!...» Puis, se retournant vers moi:

—Ah! on se ferait tuer pour cet homme-là, me dit-il.

J’étais bouleversé; cependant je ne pus m’empêcher de sourire et je lui demandai:

—Pourquoi?...

Il parut embarrassé, puis haussant les épaules:

—Je ne sais pas, me répondit-il, mais n’importe: Vive Pétion!...

Le tour était venu de l’Assemblée nationale. Elle s’avançait, formant un bataillon compacte de huit cents hommes, ayant à sa tête son président, qui était, ce jour-là, Aubert-Dubayer.

L’Assemblée s’arrêta, devant le portique de l’Ecole-Militaire, et le roi descendit, pour se rendre, au milieu d’elle, jusqu’à l’autel de la patrie...

Lorsque les députés se remirent en marche, la reine quitta le balcon, et quand elle reparut l’instant d’après, elle tenait une longue vue, dont elle se servit pour suivre le roi...

De notre tas de briques, nous le distinguions à son habit brodé... Il avançait péniblement, ballotté par la foule comme une coquille de noix par les vagues... Deux fois je le perdis de vue... puis enfin il apparut au sommet de l’autel de la patrie.