Je n’ai jamais été très-endurant, et à ce moment-là, après toutes les émotions qui me secouaient depuis le matin, j’étais dans une exaltation qui me transportait hors de moi-même.

Saisissant donc à la poitrine le grossier sans-culotte, je le secouai rudement en criant de ma plus grosse voix:

—Et moi je vous préviens que le premier qui manquera de respect à mademoiselle, aura affaire à moi!...

Toute la colère de ces gens aussitôt se tourna contre moi.

—Qu’est-ce que c’est, clamaient-ils, qu’est-ce que c’est que cet aristocrate, qui vient insulter d’honnêtes patriotes?...

—Ne voyez-vous pas, hurlait le chef, que je tenais toujours, ne voyez-vous pas qu’il arrive de Coblentz! C’est un émissaire des Prussiens...

De pareilles accusations, en ce temps-là, suffisaient pour vous conduire droit au fond de la Seine avec une pierre au cou.

Je n’y songeai même pas.

Écartant d’un vigoureux effort les enragés qui m’entouraient, je me jetai devant la jeune fille, en appelant:

—A moi! Fougeroux...