Il n’avait pas attendu mon appel, le brave garçon, pour retrousser ses manches, et il guettait le moment d’intervenir.

Me voyant menacé, il se rua sur le groupe, qu’il rompit d’un seul coup d’épaules, pendant que ses formidables poings s’abattant sur les deux plus hargneux de la bande les envoyaient prendre la mesure du pavé.

—Ah! on veut toucher à mon jeune bourgeois!... ricanait-il.

Il y eut parmi les assaillants dix secondes de stupeur... C’est d’un œil hésitant qu’ils considéraient le torse du formidable champion qui semblait me tomber du ciel.

Lui, calme autant que s’il eût été devant son pétrin, en profita pour passer sous mon bras le bras de la jeune fille, et nous poussant:

—Allez, nous dit-il, m’attendre au coin de la rue du Bac... j’en ai pour une minute à régler le compte de ces braves sans-culottes.

Mais ils étaient déjà revenus de leur surprise, et les trois plus vigoureux se précipitèrent sur Fougeroux, s’accrochant à ses vêtements... Il s’en débarrassa d’un tour de reins, aussi aisément qu’un lion qui secouerait des roquets acharnés à sa peau. Et comme je revenais à son aide:

—Mais, allez-vous en donc, jarniguié! jura-t-il, vous voyez bien que vous nous empêchez de nous entendre, les citoyens et moi.

A l’attitude de nos adversaires, je compris que Fougeroux les avait dégoûtés de la bataille, et que toute leur fureur se passait en criailleries.

Reprenant donc le bras de la jeune fille, je l’entraînai rapidement le long de la rue de Grenelle.