Mais en 1792, mes amis, l’épreuve n’était pas faite, et la France ignorait ce que seraient les phalanges héroïques à qui elle allait confier ses destinées.

Elle se demandait, anxieuse, ce qu’ils feraient au feu, ces volontaires qui abandonnaient, pour la défendre, l’atelier, la boutique, la charrue, le foyer de la famille.

Résisteraient-ils au choc qu’on disait irrésistible des vieilles bandes prussiennes?...

Certes, leur résolution était puissante, leur courage grand comme le danger, leur enthousiasme communicatif vibrait dans toutes les âmes, mais il est un abîme entre la volonté et le fait. Autre chose est de dire: Je pars, et je saurai, héros obscur, mourir pour la patrie... et de le faire.

Quand on les voyait défiler le long des rues, ces enrôlés de la veille, marchant au pas et chantant:

Petits comme grands, tous sont soldats dans l’âme!

on les applaudissait, mais on leur eût souhaité peut-être plus de gravité et de recueillement qui sied aux grands sacrifices.

Donc, je dois vous le dire, parce que c’est la vérité, la France était fiévreuse et inquiète.

Il n’était pas un patriote qui, en passant devant l’Hôtel-de-Ville, ne se sentit le cœur serré, lorsqu’il y voyait arborée en permanence la grande bannière tricolore où on lisait: La patrie est en danger.

Il n’était pas un citoyen vraiment digne de ce nom qui n’eût payé de la dernière goutte de son sang la joie de voir le péril conjuré et cet étendard fatal enlevé.